L’ancien Chef d’Etat et président du PDCI-RDA (opposition) a tenu des propos qui ont fait réagir le gouvernement.

Carton rouge ! La condamnation du gouvernement ivoirien suite à des propos tenus par Henri Konan Bédié, président du PDCI-RDA, est sans appel.

Par la voix de Sidi Tiémoko Touré, son Porte-parole, le gouvernement a dénoncé des propos tenus par l’ancien président ivoirien, aujourd’hui opposant à Alassane Ouattara.

« Le Gouvernement tient à rappeler que l’instrumentalisation de la haine de l’étranger par le Président Henri Konan BEDIE et les dérives qui en ont résulté ont été à la base des différentes crises que notre pays a connues depuis le décès du Président Félix HOUPHOUËT-BOIGNY, en décembre 1993 » a indiqué Sidi Touré en guise de rappel à M.Bédié.

Depuis son refus d’adhérer au RHDP dont il a suscité la création, le président du PDCI-RDA ne porte pas de gants pour asséner des coups au pouvoir.

Aussi, fait savoir le Porte-parole du gouvernement, « Recevant une délégation de son parti politique, en sa résidence de Daoukro, le mercredi 5 mai 2019, Aimé Henri KONAN BEDIE, ancien Chef de l’Etat et Président du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), a tenu les propos suivants :

« … on fait venir des étrangers armés qui sont stationnés maintenant dans beaucoup de villages… » ;

« … il faut simplement que nous soyons conscients, car le moment venu, nous agirons, pour empêcher ce hold-up sur la Côte d’Ivoire, sous le couvert de l’orpaillage … » ;

« d’autres ont fait venir clandestinement … surtout dans la commune d’Abobo ; les gens rentrent, on leur fait faire des papiers … » ;

« … nous avons fait venir des étrangers dans nos plantations de café, de cacao ; et ensuite, les gens se sont installés à leur propre compte, et aujourd’hui, ils agressent les planteurs ivoiriens et se disputent même la propriété des terres » ;

« … il faut que nous réagissions pour que les Ivoiriens ne soient pas étrangers chez eux, car actuellement on fait en sorte que l’Ivoirien soit étranger chez lui. Mais les Ivoiriens n’accepteront jamais cela… » rapporte Sidi Touré.

« Ces propos, d’une extrême gravité, appelant à la haine de l’étranger, sont de nature à mettre en péril, au-delà de la paix et de la cohésion sociale, l’unité nationale et la stabilité du pays » déplore le gouvernement ivoirien.

La Côte d’Ivoire a connu une grave crise militaro-civile à partir du 19 septembre 2002. Le nord, pro-Ouattara était occupé par la rébellion des Forces Nouvelles conduite par Guillaume Soro, ancien président de l’Assemblée Nationale, lui aussi devenu opposant à Alassane Ouattara.

Bien avant ce point culminant, à la suite du décès du premier président ivoirien, le « père fondateur » Félix Houphouët-Boigny, Henri Konan Bédié, président de l’Assemblée Nationale qui lui avait succédé a introduit le concept de l’ivoirité, soupçonné qu’il était de vouloir écarter l’unique Premier Ministre d’Houphouët-Boigny, Alasane Ouattara, du jeu politique.

Un mandat d’arrêt international a même été lancé par le pouvoir Bédié contre l’actuel Président de la République.

Echaudés par cette expérience amère, les ivoiriens, même s’il en existe une frange nationaliste, condamne la tentative d’instrumentalisation de l’ethnie à relent politique. Du 15 au 17 mai, des affrontements inter-communautaires ont mis aux prises Baoulé et malinké à Béoumi, dans le Centre-nord ivoirien à la suite d’un accident. L’instrumentalisation ethnique a été dénoncée dans cette affaire.

Le gouvernement estime que « Cette déclaration intervient à un moment où plusieurs localités du pays sont secouées par des violences intercommunautaires qui se sont soldées par des morts, des blessés, des dégâts matériels importants, ainsi que par des déplacements de populations en détresse humanitaire. »

« C’est pourquoi, le Gouvernement condamne cette sortie qui n’honore pas son auteur qui ne doit pas méconnaître les obligations liées à son statut » fait savoir Sidi Tiémoko Touré.

Il a indiqué que « Le Gouvernement tient à rappeler à tous que le racisme, la xénophobie, le tribalisme et la discrimination raciale ou religieuse sont constitutifs d’infractions prévues et punies par la loi pénale. »

Adam’s Régis SOUAGA