Edition du 27/05/2021

Au terme de deux mois de négociations (AI du 02/04/21), les conditions du retour de Laurent Gbagbo à Abidjan viennent d’être finalisées entre les partisans de l’ancien président et le gouvernement de Patrick Achi. Le chef de l’Etat, Alassane Ouattara, avait délégué ce dossier délicat à son premier ministre (AI du 22/04/21). Les termes de l’accord, validé par les deux parties, prévoient le retour de Gbagbo avant la fin du mois de juin. D’ores et déjà, le directeur de cabinet de Gbagbo, Narcisse Kuyo Téa, doit arriver le 7 juin à Abidjan pour régler les derniers détails. Après avoir expliqué à l’envi qu’il attendait un appel de Gabgbo pour sceller son retour, Alassane Ouattara s’est résolu à ne pas converser avec son prédécesseur.

En revanche, les autorités ivoiriennes ont expressément prohibé tout accueil populaire et restent sourdes à toute demande d’assouplir leur position. Sous la présidence de l’ancien ministre du pétrole Léon Emmanuel Monnet, membre du Front populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo, un comité d’accueil s’est mis en place. L’ancien président Henri Konan Bédié, un temps allié d’Alassane Ouattara avant de rapprocher de Laurent Gbagbo, a délégué plusieurs membres de son parti au sein de ce comité, et essaye de faire intervenir le président sénégalais Macky Sall pour inciter Abidjan à autoriser un accueil populaire. Sans succès. Les autorités ivoiriennes craignent des débordements, voire des affrontements entre associations de victimes, proches du parti présidentiel Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), et partisans de Laurent Gbagbo. Mais ces derniers ne désarment pas et ont prévu de célébrer, le 30 juin, l’anniversaire de l’ancien président dans un hôtel d’Abidjan.

Donnant-donnant

Le scénario négocié avec le premier cercle de Laurent Gbagbo prévoit donc que seule une poignée de proches pourront l’accueillir au pavillon présidentiel de l’aéroport international Félix-Houphouët-Boigny d’Abidjan, réservés aux chefs d’Etat. Gbagbo arrivera à Abidjan sans Charles Blé Goudé, le leader des “jeunes patriotes” qui fut son coaccusé devant la Cour pénale internationale, mais avec son actuelle compagne, Nadiani Bamba alias “Nady”, qui a joué un rôle central dans les négociations avec le gouvernement ivoirien, et leur fils David al Rais Gbagbo, âgé aujourd’hui de 19 ans.

Derniers éléments de l’accord : Laurent Gbagbo bénéficiera du traitement réservé aux anciens chefs d’Etat (émolument, sécurité, villa avec personnel, etc.) et obtiendra même, rétroactivement, le versement des sommes qui lui sont dues, à ce titre, depuis 2011.

En échange, Alassane Ouattara a demandé que l’ancien président s’engage publiquement en faveur de la réconciliation nationale et reste à l’écart de la vie politique ivoirienne. Une discrétion qui, si elle n’est pas respectée, pourrait compliquer la levée de la condamnation prononcée contre l’ancien président en janvier 2018 dans le cadre de l’affaire dite du “casse de la BCEAO” (Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest). Les autorités ivoiriennes se sont engagées à annuler cette condamnation, sous condition de diverses diligences qui, si Gbagbo ne reste pas coi, pourraient se prolonger plus que nécessaire.

©️ Copyright Africa Intelligence.