En Afrique la question monétaire est régulièrement débattue. Dès le 25 mai 1963, les chefs d’Etats des pays composants l’Organisation de l’unité africaine (OUA), ancêtre de l’Union Africaine (UA), demandaient la mise en place d’un comité économique en charge de produire des études sur les questions monétaires dans la perspective d’une monnaie unique africaine. Cette volonté des chefs d’Etats s’est traduite par la mise en place de l’Association des gouverneurs des banques centrales africaines (ABCA) et des comités sous régionaux de cette institution.

L’annonce prématurée d’une monnaie unique en 2021

Alors que le rêve d’une monnaie unique africaine n’a jamais cessé d’agiter les débats, le 4 septembre 2002 l’ABCA définissait un programme de travail devant conduire à la mise en place de la monnaie africaine. Un an plus tard, en aout 2003, l’ABCA s’est hasardée à annoncer qu’en 2021, l’Afrique sera dotée d’une monnaie unique et d’une banque centrale panafricaine. Une utopie.

Si l’érection d’une monnaie unique en Afrique apparait dans un schéma global d’intégration panafricain, il est illusoire de penser qu’à l’horizon 2021, les 54 pays d’Afrique abandonneront leurs monnaies respectives pour se fondre dans une monnaie continentale. Par ailleurs, certains économistes doutent des avantages que pourrait offrir une monnaie partagée par 54 pays aux réalités économiques différentes. En effet, en optant pour une monnaie commune, les pays qui y souscriront se priveraient de l’instrument monétaire pour réguler leurs politiques économiques et donc d’un élément de souveraineté au profit d’une banque centrale nécessairement indépendante.

Commencer par des monnaies uniques régionales

Avant de se poser au niveau continental, le bon sens commande de poser la question de la monnaie unique au niveau régionale au travers des 5 régions qui composent la communauté économique africaine (CEA). Bien qu’à ce jour aucune des régions de la CEA ne dispose d’une monnaie unique, il faut souligner que 14 pays du continent (6 réunis au sein de la CEMAC et 8 au sein de l’UEMOA) partagent déjà une monnaie commune.

La CEMAC et l’UEMOA sont respectivement des sous-régions de la CEEAC (10 pays membres) et de la CEDEAO (15 pays membres). Une extension de l’usage d’un Franc CFA aux règles de fonctionnement redéfinies peut être envisagée à moyen-terme au bénéfice des autres pays de ces espaces régionaux. A terme, ce seraient 25 pays d’Afrique qui partageraient la même monnaie, avec une taille critique susceptible d’avoir un effet d’entrainement sur les autres pays du continent. En cela, le projet de création d’une monnaie unique dénommée « ECO » au sein de l’espace CEDEAO à l’horizon 2020, peut être vu comme une étape de ce processus. Il n’existe cependant pas un projet de même nature au sein de la CEEAC.

Le projet de construction d’une monnaie unique via les ensembles régionaux est rendu difficile par l’appartenance de plusieurs pays à de multiples ensembles régionaux. C’est le cas par exemple de la République démocratique du Congo et de l’Angola qui sont à la fois membres de la CEEAC en Afrique centrale et de la SADC en Afrique australe. Une surreprésentation qui n’a pas que des effets positifs sur l’intégration.

Mays Mouissi