Un Comité central extraordinaire (CCE), à la demande de 333 membres statutaires représentant plus de 2/3 de cet organe du FPI, s’est tenu ce jeudi 5 mars; il a pris la décision de suspendre Pascal Affi N’Guessan, président statutaire du parti, jusqu’au 4è Congrès ordinaire pour «défiance des organes du parti et défaillance» et de confier l’intérim à son 1er vice-président, Sangaré Abou Drahamane.   Cette décision, lourde de conséquences dans le bras de fer qui secoue l’ex-parti au pouvoir, est la ligne droite vers l’éclatement de l’héritage de Laurent Gbagbo. D’abord, cette session extraordinaire s’est tenue dans la clandestinité. Annoncé officiellement pour vendredi 6 mars, le Comité central extraordinaire a eu lieu, à la surprise générale, 24 heures plus tôt. Et non seulement, il n’a pas été organisé au siège provisoire du parti, interdit aux contestataires, mais, en violation des articles 37 et 42 des Statuts, ce Comité central extraordinaire a été extraordinairement présidé par… un doyen d’âge. Le Comité de contrôle, l’organe de contrôle du parti, est ainsi au pied du mur. Selon l’article 45 des Statuts, il «vérifie la conformité des actes des organes du parti avec les textes fondamentaux». Après avoir déclaré nulle et non avenue la décision de réaménagement du Secrétariat général opéré le 27 février par le président du parti, son arbitrage est attendu. Ensuite, le parti est en procès sur la validité de la candidature de Laurent Gbagbo à la présidence du FPI. Le 29 décembre, le tribunal de première instance d’Abidjan-Plateau, après avoir reporté à une date ultérieure le 4è Congrès ordinaire initialement prévu les 11, 12, 13 et 14 décembre, a fait droit à la plainte d’Affi qui demandait l’invalidation de la candidature de Gbagbo. «Certains camarades au sein du parti ont voulu instrumentaliser le nom du président Gbagbo, qui est aujourd’hui en procès[à] la Cour pénale internationale», déclarait le président du FPI pour justifier sa plainte. «Nous avions pensé que le juge rendrait une décision conforme à nos textes et à ce que nous pensions être juste, protestait Hubert Oulaye, président du Comité de contrôle des candidatures du FPI, et ancien ministre de la Fonction publique. Nous ferons appel de cette décision, qui pour nous n’est rien d’autre qu’une intrusion dans le fonctionnement normal du FPI par le pouvoir, par la voix de son président, du président Affi.» Appel a donc été fait et la décision du tribunal est attendue début avril.

Dans un cul-de-sac.

Mais voilà que les événements s’accélèrent au parti, posant deux problèmes. Le premier, si l’article 80 des Statuts reconnait que «le Comité central peut prendre des mesures provisoires en matière disciplinaire à l’encontre de tout militant», il ne donne pas expressément cette compétence à une session extraordinaire qui, de surcroît, se tient dans un domicile privé et en dehors d’une convocation régulière par le président du parti éjecté. Le second relève du civisme et de l’esprit républicain. L’article 15 de la loi n°93-668 du 9 août 1993 relative aux partis et groupements politiques dispose que «les partis et groupements politiques ayant obtenu le récépissé de déclaration prévu à l’article 11 de la présente loi sont tenus de faire connaître obligatoirement à l’autorité compétente, tous changements survenus dans leur administration ou leur direction ainsi que les modifications apportées à leurs Statuts et Règlement intérieur». Pour être donc légale, cette décision d’intérim à la tête du FPI doit être signifiée au ministère de l’Intérieur qui doit la valider. Or, et c’est un secret de Polichinelle, c’est Affi qui est reconnu, jusqu’à preuve de contraire, par les autorités ivoiriennes. Donc, à moins d’aller au clash en créant un autre parti pour éviter d’être des hors-la-loi, les contestataires sont dans un cul-de-sac. Enfin, il est connu qu’en politique, celui qui tire le premier, laisse généralement des plumes. Les adversaires d’Affi ont fini par abattre leurs cartes et livrer leur jeu, laissant à Affi le soin d’aiguiser et réajuster sa stratégie. Et ce samedi, c’est au tour du président statutaire du parti de sortir cet organe de direction de sa léthargie, en organisant enfin, malgré l’article 37 des Statuts, un Comité central après plusieurs mois d’hibernation. Mais, alors qu’il annonce son prochain voyage à La Haye pour rencontrer son mentor, Laurent Gbagbo, sa marge de manœuvre est aussi étroite. Car, il se trouve entre le marteau et l’enclume. Soit, il adresse une réponse du berger à la bergère aux protestataires en durcissant le ton; là, il est certain de fragiliser davantage le parti et creuser définitivement le fossé entre les deux camps. Soit, il tend la main pour essayer d’obtenir un nouveau consensus; là, il risque de se mettre à dos l’aile dure de son bord qui veut en découdre après l’échec du Comité de médiation présidé par le gouverneur Philippe-Henri Dacoury-Tabley. Avec ce saut dans l’inconnu, le FPI est plus que jamais à la croisée des chemins. Entre une présidence de fait et une présidence virtuelle. Par Ferro Bally